Monkey to the Moon – « J’ai le sentiment que la musique qui reste dans l’histoire elle raconte des choses de son histoire »

Monkeys

Groupe majoritairement originaire de Normandie (Lisieux), maintenant délocalisé à Paris, « les Monkeys » s’inspirent largement des grandes influences provenant de l’autre coté de la Manche et de l’Atlantique. Archive, Deerhunter, Grizzly Bear en passant par the Shins, dès la sortie de l’EP The Art Of Diving, le quintet nous plonge dans un condensé des belles années anglo-saxonnes. Harmonies torturées et souvent sombres, voix parfois tremblante et fantomatique, le premier single « Talking Disorders » de leur album à paraître en décembre prochain laisse d’abord transparaitre une certaine admiration pour l’univers de Thom Yorke.

A l’occasion de la sortie de leur dernier morceau accompagné d’un clip « « This Warlock Called Love », on a pu discuter avec Clément, voix du groupe Monkey to the Moon.

JNPUF! : Est-ce que tu peux présenter chaque membre du groupe et nous expliquer pourquoi il est important (même en dehors de la musique) ?

Clément : On va faire par ordre chronologique : Martin notre batteur est aussi un peu notre garde du corps, il s’exécute à quelques placages rugueux quand les fans deviennent un peu trop collants. Quentin est le bassiste, il parle, il parle beaucoup, on ne comprend pas toujours ce qu’il veut dire mais il est divertissant. C’est aussi un bon ingénieur du son par ailleurs. Valentin s’occupe de tout ce qui est clavier, percussions, voix, il lui arrive même de souffler dans cette espèce de boite à echo très bizarre qui s’appelle le monachord. Léo est le dernier et par conséquent il est encore en plein bizutage. C’est un piètre joueur de bowling, ce qui arrange tout le monde, mais c’est un excellent guitariste. Pour ma part, je chante, joue de la guitare et écris les chansons, en dehors de ça je reste discret et sage ! Sans rire chacun a toujours son mot à dire, et je peux te dire qu’avec ces cinq là dans une pièce, impossible d’obtenir l’unanimité…

JNPUF!Pourquoi Monkey to the moon ?

« Monkey To The Moon » est une chanson d’un groupe anglais que j’affectionne tout particulièrement qui s’appelle The Coral. C’est une sombre face B que peu de gens ont dû écouter au final, c’est une chanson plutôt amusante. Les paroles font : “Zoom zoom goes the monkey to the moon, High high goes the lion in the sky, Watch that ape man climb
Sure has a really good time, Too proud of his primate soul, And the powers that he can’t control. Never worked in a factory. Happy swinging from tree to tree.”

Cette espèce d’ironie « Kinksienne » sur la condition humaine est un élément très important de notre musique et de nos paroles. On retrouve ça sous une forme différente chez Morrissey. Notre EP « The Art Of Diving » et notamment la chanson « I’m Not A Human » emprunte des chemins similaires avec peut-être moins de second degré.

Pour ce qui est du nom en lui même c’est toujours un choix assez difficile, il s’est fait un peu dans la précipitation à un moment où j’étais plus ou moins tout seul dans le groupe. C’était il y a 4 ans et on est toujours un peu tenté de le changer mais ça n’est jamais vraiment le moment.

JNPUF!Pourquoi en anglais ? 

Parce que c’est notre langue musicale. Nous parlons Français et nous chantons Anglais. Toutes nos influences sont anglo-saxonnes, finalement ça serait assez illogique de passer par le Français pour chanter. Personnellement ça m’ennuie beaucoup de chanter en Français, et ce qui est chanté en Français a tendance aussi à beaucoup m’ennuyer. Certains s’en sont très bien sortis, Gainsbourg, Bashung sont des maîtres en la matière. Pour ce qui est de ce fameux accent dont on parle tant c’est un complexe exclusivement français. Les seules personnes qui m’ont fait des remarques à ce propos sont françaises. Ce qui est quand même assez paradoxal. On a quand même eu la présence d’esprit de faire écouter à pas mal d’anglophones, qui n’étaient eux absolument pas dérangés par l’accent et qui même le trouvaient charmant. Comme quoi…

JNPUF!Comment vous composez ?

De manière assez traditionnelle je pense. C’est toujours sur le même schéma. J’écris la trame mélodique, l’harmonie et les paroles et j’envoie les démos, souvent enregistrées avec une guitare acoustique et une voix, au reste du groupe. Après ça on discute pas mal de la direction que peut prendre la chanson, et on teste ensemble différents arrangements. Et là ça peut-être très long, une des chansons de l’album « This Warlock Called Love » a connu pas mal de versions avant d’en arriver là, elle est même au final la fusion de deux chansons différentes. Parfois tu bloques sur une chanson pendant des mois, voire des années, tu finis par la détester et tu trouves le petit truc qui va tout débloquer. Ici ça a été de lui coller le refrain d’une autre chanson. Pour d’autres morceaux tu finis par te résigner, d’ailleurs si j’avais été tout seul elles auraient toutes fini à la poubelle au bout d’un moment ahah. Heureusement je ne suis pas tout seul… Certaines fois la magie opère tout de suite. Même quand tu es au fond de ta chambre à chouiner sur ta guitare et que tu sens que quelque chose se passe, la mélodie se dessine magnifiquement comme une évidence et les paroles, justes, tranchantes s’enchaînent sans efforts, une force supérieure te guide, ça doit être le fantôme de John Lennon !

JNPUF!Comment va se dérouler l’enregistrement de votre premier album ? Vous allez avoir besoin de vous isoler ? De Paris ? Pourquoi ?

On a la chance de pouvoir partir de Paris et, effectivement, de s’isoler. On vient presque tous de Normandie et c’est là bas que l’on se retrouve pour enregistrer ou même parfois répéter. On n’a pour l’instant absolument pas envie de se retrouver dans un studio Parisien qui nous coûte un bras, dans lequel tout va être chronométré et avec un résultat finalement plus que moyen. On est capables techniquement, même avec assez peu de matériel, de produire notre propre musique, alors on ne va pas s’en priver. C’est une bonne chose aussi de laisser ton quotidien de côté quand tu enregistres. On a appris de nos erreurs sur les précédents EP et on sait que chaque détail compte et que tout finit par se ressentir sur la musique que tu enregistres. Ce qui nous manque encore c’est un vrai producer, quelqu’un sur lequel on puisse compter, mais c’est difficile à trouver à notre stade. Peut-être pour le prochain album.

JNPUF!De manière générale, vous donnez quel but à votre musique ?

J’espère qu’elle puisse changer la vie des gens comme beaucoup de groupes ou d’albums ont changé la nôtre. Pour ma part je me suis construit en partie à travers la musique, des albums comme « Electro-Shock Blues » des Eels ou « Yankee Hotel Foxtrot » de Wilco ne font pas partie des albums les plus populaires de l’histoire mais ils ont une grande importance pour moi et beaucoup de gens. Evidemment j’aimerais que notre musique soit écoutée par le plus grand nombre et pourquoi pas aimée par le plus grand monde, quoique… Mais avant tout, notre but c’est que populaire ou pas, elle puisse avoir une résonnance auprès des gens. « Talking Disorders » le premier single évoque ce que c’est d’être un jeune homme ou une jeune femme aujourd’hui en occident, ça parle de nos problèmes de communication, de nos contradictions, de nos incroyables paradoxes mais aussi du fait que notre génération est un fusible, c’est elle qui se fait tuer dans les salles de concert, alors qu’elle n’a jamais fait la guerre au moyen-orient, c’est elle qui sera la première à ressentir les effets du réchauffement climatique, c’est elle qui n’a pas de travail à cause de la crise économique. Justin Bieber et Beyonce ne parlent pas de ça, et c’est quelque chose que je respecte. Mais j’ai le sentiment que la musique qui reste dans l’histoire elle raconte des choses de son histoire, de son époque, des gens de son époque. Je n’espère pas naïvement changer le monde, la musique ne change pas le monde, et trop peu de personnes ont accès à notre musique pour l’instant pour qu’elle ait un impact. Mais son but ultime c’est qu’elle en ait un.

JNPUF! : Un groupe qui vous réunit tous ?

Radiohead, je crois que c’est le seul groupe que nous écoutons tous régulièrement.

JNPUF! : Une voix qui vous réunit tous ?

Jon Bon Jovi pour « Living On A Prayer » ahah ! Difficile à croire mais tout le monde n’aime pas David Bowie…

JNPUF!Vos coups de coeur musicaux récents ?

Très récemment le deuxième album tant attendu de « Flotation Toy Warning », 13 ans après c’est dingue. Perfume Genius aussi vient de sortir un excellent album. Sinon de manière plus générale ces dernières années on a beaucoup écouté Arcade Fire parce que c’est le plus grand groupe de ces 10 dernières années. Je pourrais aussi citer Kevin Morby, Sufjan Stevens, Fleet Foxes, Deerhunter…

JNPUF!Quelle question on vous pose trop souvent ?

Pourquoi vous chantez en Anglais ?

Désolé alors !

JNPUF!Est ce qu’il y des artistes que vous aimeriez voir remixer vos morceaux ?

Superpoze, sans aucun doute.

JNPUF!Quel programme pour la suite ? Quelles dates ?

On a un nouveau single « This Warlock Called Love » qui sort avec un super clip bien barré, et ce le 12 septembre, je n’en dis pas plus. L’album devrait arriver à la fin de l’année et quelques dates en septembre et octobre sont en train d’être bookées, ça ne devrait plus tarder à être annoncé !

 

Merci Clément, et à bientôt en live !